Que reste-t-il quand on a fait le choix de l’exil de son âme ?

La lueur noire que l’Homme perçoit dans la solitude a-t-elle une portée éternelle ou est-elle uniquement déterminée par la sensibilité de la personnalité dans laquelle elle s’illumine ?
Le dernier rempart pour les âmes perdues n’est-il pas de se lier avec la nature ? Or, en se focalisant au plus près de l’Homme moderne, la soumission à la société –également moderne– n’est-elle pas une preuve de son manque de considération envers la nature ?

L’insouciance représentant par essence l’Homme d’aujourd’hui est fatale pour lui-même. Pour un solitaire aliéné, elle représente même un acte de fuite à l’égard de la réalité sinistre engendrée par la frénésie de la société et ayant pour conséquence une perte de repère de la voie idéale de son destin déterminée par son libre arbitre. Cependant, de ce libre arbitre, il n’en est plus souverain ; amenant sa solitude à devenir une représentation physique et mentale du vide que sa personnalité engrange chaque jour.
Comme si une brise matinale lui faisait rappeler que son mental n’est qu’une digue vouée à lâcher face au vent d’autan représentant une société comblée dans la folie.

La solitude, de nos jours, peut se définir comme une phase perpétuelle d’inactions nourrie d’une aliénation extrême à la consommation comme seule tentative d’exutoire de la société. Néanmoins, c’est la société qui prône cette consommation de masse ce qui amène le solitaire à se retrouver paralysé dans une phase cyclique d’allégeance inconsciente.
Est-ce que sa solitude est un premier pas vers la folie ou bien ce sentiment d’impuissance qui l’anime peut-il le sauver ? Ce comportement naturel ne prouve-t-il pas que l’humain possède toujours un temps de retard face à la société ? Car celui-ci réponds finalement toujours après coup aux attaques incessantes et ne peut jamais anticiper de facto.

L’Homme à force d’attendre et d’agir a posteriori ne pose-t-il pas un pas en avant vers sa propre mort ? Qu’elle soit physique ou intellectuelle, la preuve de notre existence n’est-elle pas notre force de production ? Or, si cette force d’accomplissement disparaît, comme nous l’impose notre société contemporaine, la fin n’est-elle pas inéluctable ?

Ce sentiment d’impuissance est une trace du sursaut naturel qui nous habite. Le mal-être psychologique n’est-il pas présent en nous, finalement pour notre bien ? Comme lorsque pendant notre jeunesse, nous voulions aventurer nos doigts dans une prise électrique ou au plus proche des braises d’un feu de camp pour expérimenter l’essence de notre curiosité ? Cette souffrance physique éphémère et ponctuelle qui en résultait nous poussait à agir en conséquence et à ne plus reproduire ces mêmes erreurs.
Or, avec la solitude, nous nous penchons plus vers un mal-être d’ordre psychologique permanent, ce qui nous amène à nous poser la question : si ce mal-être perdure, qu’est ce qui nous empêche d’identifier la cause de ce mal ?
Le manque de conscience de soi. Car ce manque entrave la perception de la finesse et de la malice utilisée par la société à soumettre les êtres fragiles à leurs idéaux illusoires. Pour pallier à ce manque, l’intelligence humaine est le moteur de la conscience de soi puisque celle-ci nous pousse à agir en prenant en compte ce désordre moral.
Quel est désormais le meilleur moyen de s’en débarrasser après avoir effectué sa véritable fonction qui est celle de nous prévenir paradoxalement après-coup d’un mal encore plus profond ? L’ouverture de notre esprit vers la nature ?

Dans une société malade jusqu’à ses racines, la vie intérieure de l’Homme est réduite au pur calcul arbitraire ayant pour but des actes de nature formelle et robotisée avec aucune vision à terme mais plutôt soumise à l’immédiateté subissant la loi du présent. Cette vision ne représente ni le futur de l’Homme, ni son triste dessein, mais plutôt une fatalité assumée de notre condition humaine amenant tous les adeptes de cette société à leur autodestruction tout en n’omettant pas que l’âge tendre, à l’état mûr, est le principal fruit de notre espoir.